La Suisse payera leur chômage, et ce sera cher
Les règles pour le chômage des frontaliers devraient changer dans toute l’Europe. En cas de chômage, c’est le pays où ils travaillent qui les prendra en charge, et plus le pays de résidence. Pour la Suisse, avec ses 320'000 frontaliers, la réforme pourrait coûter jusqu’à un milliard de francs par an.
Chaque jour, quelque 320’000 frontaliers se déplacent pour travailler en Suisse. Actuellement, s’ils perdent leur emploi, ils sont à la charge de leur pays de résidence.
Avec la nouvelle réglementation que prévoit l’UE en matière d’assurances sociales, le frontalier au chômage dépendrait à l’avenir de l’office de placement et toucherait le chômage suisse.
Une mesure tout à fait normale, estime le député européen Guillaume Balas (Socialistes & Démocrates): «La Suisse est bien contente de trouver des travailleurs transfrontaliers. Elle ne peut pas employer des personnes puis demander aux autres de payer.»
Des coûts conséquents
Quelque 19’000 frontaliers français étaient au chômage en 2015, selon une étude de l’Unedic. Bien que la Suisse avait versé une compensation de 138 millions de francs, la France avait de son côté déboursé 610 millions de francs.
Si la législation est adoptée, la Suisse devrait assumer l’entier de la charge, ce qui pourrait lui coûter très cher.
«Selon nos informations, cela pourrait coûter des centaines de millions de francs», avance Cornelia Lüthy, sous-directrice du Secrétariat d’Etat aux migrations. D’autres sources articulent même le chiffre d’un milliard de francs.
Concurrence aux travailleurs locaux
Au-delà du coût, la réglementation serait un vrai chamboulement du système, s’inquiète le conseiller d’Etat genevois Mauro Poggia: «Ces personnes vont être aidées en Suisse par des fonctionnaires helvétiques payés par le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) pour retrouver du travail et ainsi concurrencer les travailleurs locaux.»
Les pays membres de l’UE devraient valider jeudi le projet de législation, qui devrait ensuite passer par le Parlement européen.
S’il aboutit, la Suisse n’est en théorie pas obligée de l’adopter, rappelle le Seco. Mais la pression des Européens sera très forte, et ce texte comporte d’autres mesures importantes pour les Suisses qui vivent à l’étranger. Enfin, la libre circulation des personnes pourrait s’en trouver compliquée.
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